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Notre enseignement en difficulté

 

Ajouté le 07 Mai 2008 par a.benhima
(Id: 1831)

 

Le présent article voudrait livrer à la méditation du lecteur une réflexion succinte sur notre système éducatif qui se trouve aujourd'hui incontestablement en difficulté. Selon le rapport de la Banque mondiale du mois de février 2008:

"Le système éducatif du Maroc n'est pas un modèle. Comparé aux pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afriqe du Nord),le Royaume se trouve en queue de peloton"

De toute évidence, ce système est en crise et celle-ci n'est ni isolée ni spontanée. Elle est la conséquence directe et normale d'un mode de gestion du dossier de l'éducation dans ses volets matériel et pédagogique.

En effet, depuis l'indépendance, les gouvernement successifs ont invariablement considéré l'enseignement "secteur non productif" et y ont investi, sans envie et sans conviction suffisantes. Selon des publications du Reporter sur le net, le Maroc dépenserait, par an et par élève, 525 dollars, l'Algérie 700 et la Tunisie 1300. Ce choix a entraîné la surcharge des classes, la médiocrité des cours, voire leur abandon. ll nous pénalise aujourd'hui lourdement puisque la généralisation de la scolarisation et l'éradication de l'analphabétisme constituent encore des objectifs lointains.

Sur un autre plan, ce choix auquel il manque le sens de l'anticipation et de l'appréciation exacte de l'évolution de la démographie et des besoins qui l'accompagnent en matières d'éducation et d'enseignement, a conduit à l'adoption de solutions souvent précipitées et d' équilibres provisoires pour faire face aux problèmes qui surgissent(1). Sans projets et sans perspectives clairs, l'Education Nationale est incapable de répondre adéquatement aux besoins du pays. Elle se contente de former des masses de diplômés, demandeurs d'emplois impossibles à satisfaire ou déclarés inaptes aux postes disponibles.

Sans nous attarder plus longtemps sur cet aspect de la gestion entamons le volet éducatif/pédagogique.

Le problème auquel il faut, de toute urgence, trouver une solution est, à notre avis, le choix d'une langue d'apprentissage. Cette opération doit s'effectuer dans la sérénité et avec le souci de l'efficacité.

Rappelons ici que nous ne sommes plus au début du XXè siècle où les langues étaient imposées par les puissances coloniales au détriment des langues et des cultures locales, que nous ne sommes plus au milieu de ce même XXè siècle où le recours à une langue étrangère, au lendemain d'une indépendance, soulevait des susceptibilités ou représentait un danger pour la personnalité ou pour l'identité nationale. Nous sommes au XXIè siècle, l'époque de la mondialisation où les instruments de la culture, et les langues en font partie, se négocient par tous, en termes d'utilité et d'efficacité. Il suffit de prendre soin de répartir les langues en présence dans l'espace linguistique existant , de manière à sauvegarder l'équilibre nécessaire pour assurer, au pays ,progrès et prospérité socio-économiques. Notre expérience avec l'arabisation n'a pas été concluante "L'arabisation a été faite sur un coup de coeur sans projection à long terme..."(2). Son impact sur le système éducatif s'est révélé des plus négatifs et ressemble même à une supercherie(3). Ceux qui l'ont initiée n'y ont jamais cru et ceux qui s'y sont engagés en payent de lourd frais. Cette arabisation a entraîné la multiplicité des enseignements, l'inégalité des chances et la méfiance vis à vis des discours sur ce sujet.

Une deuxième urgence consiste à arrêter, avec responsabilité et professionnalisme, des objectifs d'apprentissage (savoirs disciplinaires, savoirs culturels et savoir-faire), raisonnables pour chaque étape ou cycle d'enseignement, qui feront impérativement l'objet d'évaluations fiables de validation. La politique de la carte scolaire est pédagogiquement désastreuse. Elle génère des attitudes inefficaces et malsaines chez les enseignants qui se mettent à rejeter la responsabilité des carences de leurs élèves sur le dos de leurs prédécesseurs. Elle contraint les responsables de l'enseignement supérieur à réviser les niveaux requis constamment à la baisse ou à gaspiller le temps et l'argent dans des cours de rattrapage qui ne rattrapent rien.

Par ailleurs, notre école requiert la stabilité (et non la stagnation) dans les contenus et les méthodes d'apprentissage car lorsque les innovations pédagogiques, didactiques et méthodologiques y défilent à la seule faveur de discours charmeurs elles produisent inévitablement des effets pervers. Chez les élèves, on assiste à des blocages, à des déperditions, à des échecs et à des abandons. Chez les professeurs, on assiste à l'apparition de ce que l'on pourrait appeler "le phénomène de disqualification professionnelle" faute de formation continue. Notre école doit, certes, s'ouvrir aux apports confirmés mais ne doit, en aucun cas, se transformer en laboratoire pour expériences immatures ou lieu d'écoulement pour outils didactiques aux rabais.

Enfin, il est à notre avis, indispensable de combattre certaines pratiques courantes comme l'accumulation et la reproduction des connaissances pour leur substituer le développement de l'esprit critique, d'analyse, d'entreprise et de créativité. Il est tout aussi indispensable d'initier les apprenants aux valeurs citoyennes qui assurent la confiance, procurent la sérénité et règlent harmonieusement les rapports entre les membres de la communauté. Dans son livre consacré à la crise de valeurs, le philosophe marocain, Mohamed Aziz LAHABABI écrit: "Au lieu de s'intéresser à la formation de la personne et de renforcer les penchants vers la fraternisation et la coopération interindividuelle, l'école se limite à développer chez l'enfant les seules aptitudes répondant au réflexe conditionné, donnant ainsi naissance à des générations dont l'intelligence perceptive ne dépasse point le niveau de conditionnement le plus primaire."

Notre brève réflexion arrive à sa fin. Elle ne prétend point à l'exhaustivité, surtout, elle ne vise pas la critique arbitraire des responsables et des institutions. Notre objectif est de susciter un débat mûr et responsable sur une question vitale comme l'enseignement, un débat qui, à terme, sorte notre pays du rang qui ne lui convient pas eu égard au nombre et à la qualité de ses cadres et eu égard à sa tradition culturelle séculaire dont nous nous enorgueillons.

(1) J'exclue de cette stratégie, le projet de la charte de l'éducation et de la formation de 1999 dont on n'a pas appliqué les recommandations.
(2) Mme GUESSOUS, L'économiste, juin 1999.
(3) Le conflit entre les langues est fatigant et stressant. C'est un problème dont les enfants et leurs parents ne maîtrisent ni les données ni les enjeux et devant lequel ils se sentent tout à fait démunis et impuissants.

 

 

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Auteur : Ahmed BENHIMA

Eljadida.ma

 

 

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Commentaires sur cet article

 

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1. abdou (08/5/2008 . Id:6617)

On a assez, nous les parents d’élèves, d’entendre ces stériles discours. Comme celui de Mme la secrétaire d’état tout a leur sur la 2M. Il n’y aura pas de réforme, comme il n’a jamais existé.
A titre d’exemple, je m’adresse aux professeurs et instituteurs qui ne cessent de réclamer l’amélioration de leur situation alors qu’ils ne font même pas leurs devoirs contractuels. Qu’est ce que vous dite pour les prof. de bac au lycée ibn Khaldoun Safi, qui depuis 2 semaines ne font plus de cours. Mais pour les cours d’heures supplémentaires, ils ne s’absentent pas. Je dis pourquoi. Je répond par se qu’ils ne seront pas payé.
Où est le contrôle ? Où est la conscience ? Où sont les responsables pour veiller au moins sur l’argent du ministère de l’éducation et… ?

2. Marcel Benatar (09/5/2008 . Id:6618)

Pour aller dans le sens de l'analyse de Ahmed Benhima, et pour enfoncer encore davantage le clou, j'aurais sans hésiter titré l'article : NOTRE ENSEIGNEMENT EN PERDITION.
Songez donc! L'indépendance date de 1956! Le MAROC est INDEPENDANT depuis 52 ans!
Autant le quasi "réflexe d' "arabisation"" était EN 1956, tout-à-fait "naturel", au moins émotionnellement, autant la manière "massacre à la tronçonneuse" de la langue française, ô combien précieuse en ces temps obligés de MONDIALISATION GALOPANTE, a mis le pays dans une situation catastrophique dont il n'a pas fini, hélas, de payer le prix exorbitant.
La RESPONSABILITE des gouvernants est, à cet égard, ECRASANTE. Plus de la moitié de la population marocaine est ANALPHABETE, que ce soit, évidemment EN FRANCAIS mais, comble de la supercherie honteuse, EN ARABE!
Je signale au passage que les étudiants Français SONT TENUS D'APPRENDRE AU MOINS DEUX LANGUES ETRANGERES, DONT, EN PRIORITE, l'ANGLAIS : LE FRANCAIS NE SUFFIT PLUS DANS LE MONDE DU XXIe SIECLE!
Est-ce-que, pour autant, la FRANCE crie à sa COLONISATION sacrilège par l'Angleterre?
"Puissants" méprisants et indécemment "richissimes" du Maroc, VOUS MASSACREZ SANS LE MOINDRE ETAT D'AME LA JEUNESSE DE NOTRE PAYS, c'est-à-dire, tout simplement SON AVENIR!
C'est une vraie condamnation à mort pour satisfaire votre soif inextinguible de ridicule "APPARAT" d'un autre age!
HONTE A VOUS!

Marcel Benatar

3. Hammou Errachidia (10/5/2008 . Id:6628)

Pour une fois,tout le monde est d'accord sur un fait:notre enseignement va trés mal.Le rapport établi dans ce sens ne fait que le crier à la face de ceux qui en doutent encore.Les diplômés chômeurs eux,ont droit à un petit soulagement:la faute ne leur incombe en rien,ils ne sont que le fruit d'un arbre malmené et maltraité depuis des décennies.
Témoin de cet état allant d'année en année s'aggravant,M.Benhima sait de quoi il parle.Ce n'est pas de gaieté de coeur qu'il met le doigt sur la plaie.Son article est un élan de patriotisme.C'est un désir de voir notre pays au rang des leaders au mois dans notre " catégorie".
Certes,il serait trés diffcile de déllimiter les responsabilités dans cette affaire,mais il est également difficile de trouver des reponses innocentes et des explications citoyennes à des contradictions telles que:
_ l'enseignement des matieres scientifiques en arabe au lycée et au superieur en français.
_le choix par tous ceux qui le peuvent de l'enseignement privé (dès le primaire) au détriment du public.
M.Benhima ne defend ni n'accuse aucune langue d'enseignement.Il voudrait à raison que le Maroc ait le courage d'en choisir une avec responsabilité selon des profils visés pour former des générations qui ne seront que plus fieres de notre nationalité.

Hammou Errachidia.

4. Khalid EL MAAZOUZI (19/5/2008 . Id:6679)

M. Benhima nous a livré un article qui se distingue par un souci de méthode tel qu'il aurait du inspirer les commentateurs. Le sujet de l'enseignement est digne d'animer un débat profond mais l'opinion tendancieuse d'un lecteur est tout juste bonne pour attiser les polémiques. Quelqu'un qui, pour commenter, se focalise uniquement sur un aspect des choses et qui voit tout le mal gésir dans l'arabisation cache mal ses préjugés sur la langue arabe. Sachez monsieur que le français ne pourra conforter sa position dans le paysage linguistique marocain en éradicant la langue nationale. Une langue étrangère qui tend à devenir une langue seconde, pour ensuite se substituer petit à petit à la première; ceci est un phantasme de colons! Utlité et efficacité sont certes les maîtres mots des options linguistiques, seulement il faudrait déterminer les priorités, aller jusqu'au bout du raisonnement et, puisque vous nous sortez LA GLOBALISATION comme un arbitre sortirait le carton rouge, pourquoi ne pas choisir l'anglais, cette langue qui semble avoir toutes les vertus, comme si l'on se procurait les langues dans les grandes surfaces, et sur un coup de tête, on pouvait les changer comme on change de chemise.
Je vous invite cordialement à moins prendre vos opinions pour des vérités, à diversifier vos sources bibliograhiques et à multiplier vos lectures en sciences du langage pour ne citer que cela.

5. ait hnitchhs alias boubiya tarik (29/5/2008 . Id:6734)

Tu nous as toujours habitué aux analyses realistes et sobres, sans fard et sans langue de bois.Ton point de vue d'un homme de terrain devrait être pris au serieux par les responsables qui naviguent et pataugent dans l'indecision et l'anarchie. L'exemple de l'enseignement est à l'image du pays, qui erre tel le vagabond à l'arrivée d'un carrefour ne sachant plus quelle route prendre. L'arabisation qui etait beaucoup plus une decision politique a massacré le systéme educatif avec des consequences desastreuses sur les plans culturel et identitaire.
Continue cher ami à prêcher la bonne parole.
A bientôt

 

 

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